Les Antilles sous Vichy: un appel à témoignages

bearn.jpg

L'un de mes confrères de Ouest-France, Emmanuel Blumstein, travaille actuellement sur un projet de film-documentaire ayant pour ambition de retracer l'histoire du régime de Vichy aux Antilles; pour compléter ses données, il a lancé un appel pour réunir des témoignages ou des photographies laissés par des marins français, normands et bretons pour beaucoup d'entre eux. 

Entre 1940 et 1943, les îles de Guadeloupe, Martinique, Saint-Barthélemy, ainsi que la Guyane, ont été administrées par l'amiral Georges Robert, un officier originaire de Courseulles-sur-Mer (Calvados). En juin 1940, ces colonies situées à 7 000 kilomètres de la métropole basculent sous le contrôle d'un régime colonial favorable au maréchal Pétain. Et ce en opposition à l'aspiration des populations qui sont favorables à la poursuite des combats contre l'Allemagne nazie.

jeanne d'arc.jpg

Ce basculement doit beaucoup à la présence de trois navires de guerre, le croiseur-école Jeanne d'Arc (photo ci-dessus), le porte-avions Béarn et le croiseur Emile Bertin (phot du haut). En juin 1940, ces navires assuraient le transport d'une partie de l'or de la Banque de France depuis le port de Brest vers le Canada, où la cargaison devait être mise en sûreté. Une fois leur chargement débarqué, les deux premiers navires rapatriaient vers Brest des avions achetés aux Américains pour les verser dans le combat et freiner l'invasion allemande. Arrivé plus tardivement au Canada, le troisième transportait dans ses cales plus de 250 tonnes d'or, évacué en catastrophe de Brest pour les soustraire aux Allemands. Or, tandis que l'effondrement de l'armée française est inéluctable, les trois navires reçoivent l'ordre, le 20 juin, de se dérouter vers Fort-de-France. Ils y stationneront durant trois années.

Paru en 2014, le livre "La marine de Vichy aux Antilles", rédigé par l'universitaire lorientais Jean-Baptiste Bruneau, porte un regard inédit sur les événements qui, en juin 1940, firent basculer ces colonies dans le camp de Vichy, alors qu'elles étaient situées au cœur des Caraïbes, une zone d'influence anglo-américaine. La présence des trois navires de guerre, dont les commandants étaient favorables à un ralliement sans condition au maréchal Pétain, a contribué à ce basculement. En outre, la présence de plusieurs centaines de tonnes d'or attise les convoitises des différents protagonistes du conflit. En Guadeloupe et en Martinique, l'application du régime de la Révolution nationale est brutale. Les marins du Jeanne d'Arc s'occupent du maintien de l'ordre en Guadeloupe, tandis qu'en Martinique les effectifs du Béarn et de l'Emile Bertin maintiennent l'autorité de l'amiral Robert. Le poète surréaliste André Breton, de passage dans l'île de la Martinique en avril 1941, n'hésite pas à comparer la présence militaire française à une armée d'occupation. Les marins sont face à un dilemne. Parmi les plus de 2 000 hommes débarqués aux Antilles en juin 1940, certains soutiennent le régime collaborationniste du maréchal Pétain, quand d'autres se révoltent et parfois désertent pour rejoindre les colonies britanniques voisines, à l'image de centaines d'Antillais.

En se basant sur des archives, les historiens disposent de nombreux témoignages d'officiers qui ont été entendus par la commission d'épuration mise sur pied par les forces gaullistes, après la chute du régime de Vichy aux Antilles, survenu en juillet 1943.

Mais les témoignages des marins embarqués à bord des trois navires de guerre restent rares sur cette période, hormis quelques mémoires déposés aux archives voire, plus rarement, publiés, à l'image de René Auque, marin à bord de l'Emile Bertin.

Toute personne disposant de témoignages ou de documents peut contacter Emmanuel Blumstein au 07 87 35 13 74. Mail : emmanuel.blumstein@ouest-france.fr ou man_blum@yahoo.fr. Page Facebook : Emmanuel Blumstein.

Lignes de défense


L'actualité de la défense d'est en ouest.
Aller sur le site

Publication : vendredi 9 novembre 2018