Le SSA "déserté"? Surprojection et concurrence de la Santé publique affaiblissent les effectifs

eclair001.pngLu ce matin dans Le canard enchaîné un article sur des "désertions en masse au service de santé des armées".

Désertions? Démissions bien sûr. Et bien malheureusement, faut-il ajouter puisque le SSA français reste encore une référence en la matière, alors que des pays comme le Royaume-Uni, le Canada, l'Australie et même les USA ont réduit les moyens, volontairement ou par la force des choses, de leurs services de santé militaires.

Ces pays ont préféré, ou ont été obligés d'externaliser, le soutien médical aussi bien sur les territoires nationaux qu'en opex. J'en ai parlé dès 2009 dans un article paru dans la revue Sécurité globale (lire ici). Le cas britannique est à cet égard éloquent; à coup de primes, le MoD tente depuis 2007 de garder ses médecins et auxiliaires de santé (lire ici).

Selon le Canard qui cité des sénateurs de la commission des Affaires étrangères et de la défense, 1 600 "médecins, infirmiers et techniciens" ont depuis 2014 quitté le SSA qui se retrouve donc en situation de précarité alors qu'il est mis très fortement à contribution dans le cadre des opex. Certes la "surprojection" et la tension des déploiements extérieurs pèse sur les personnels mais ce sont tout autant les besoins grandissant de la Santé publique qui poussent les personnels civils et militaires du SSA à migrer vers des postes mieux payés et moins exposés.

L'article dit que le SSA ne compte plus que "700 médecins toutes spécialités confondues". Or il s'agit du domaine de la médecine des forces où effectivement il manque une centaine de personnels. D'où l'effort de 2017 du SSA pour recruter dans ce créneau (lire mon post ici).

On peut aussi s'interroger sur le chiffre de 1 600. Il n'est pas tiré d'un "Avis n° 149 (2018-2019) de M. Jean-Marie BOCKEL et Mme Christine PRUNAUD, fait au nom de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, déposé le 22 novembre 2018" (à lire ici). Dans cet avis il est dit que "selon les informations fournies à vos rapporteurs, depuis le début de l'actuelle LPM, le SSA a perdu 8 % de ses effectifs", soit 1 300 personnes.

Le rapport sénatorial est, en revanche, optimiste: "La prochaine loi de programmation militaire 2019-2025 concrétise l'arrêt de la déflation des effectifs du SSA dès 2018, leur stabilisation jusqu'en 2023 et leur remontée modérée au-delà". On peut s'en réjouir, tout en restant vigilant puisque l'on sait d'expérience que les LPM se sont faites pour être reniées et revues à la baisse. Par ailleurs, au sein même du SSA, on reconnaît que "le recrutement est peu attractif" et qu'il est de plus en plus difficile de recruter et de fidéliser ceux et celles qui choisissent de l'intégrer.

Le SSA français finira-t-il réduit, comme ses homologues britanniques par exemple, à compter sur des groupes de cliniques privées pour assurer le soutien médical des militaires tricolores?

 

 

 

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Publication : mercredi 5 décembre 2018